— La réduction du vivant, ça veut dire quoi ?
- Je ne sais pas, moi je connais la réduction des têtes chez les Jivaros.
- … Il y a un lien entre les deux tu crois ?
- Ben, peut-être.
Auteur réel : Anonyme


A l'Ojem Café des Halles, c'est la foule des grands soirs. Les serveurs ont du mal à se frayer un chemin entre les tables minuscules où s'agglutinent au coude à coude des travailleurs hagards qui n'ont pas le courage de rentrer chez eux, avant d'effectuer les heures supplémentaires nocturnes obligatoires qu'ils doivent à leur patron.

Les verres de bière jettent quelques éclats ambrés sur leurs visages. C'est la pénombre dans la brasserie. A part quelques candélabres parcimonieux.

Je commande une salade de tomates fantaisie. Et une tranche de vache normando-péruvienne accompagnée de soja amérindien. J'ai lu, dans le dernier numéro électronique de la revue « Sublimations gustatives », que le soja de cette région du monde provenait des meilleurs hybrides. Et s'il y a tant de monde ici, ce n'est pas sans raison ! On y trouve les meilleurs ingrédients et les meilleurs assembleurs culinaires. Et pour un prix dérisoire.

Sur ma tranche de pain reconstitué, les tomates à la peau bleutée palpitent faiblement. La viande me semble divine. Avant de me jeter sur ces portions déjà prédécoupées, je n'oublie pas de prendre la comprimé digesto-facilitateur aimablement fourni par le restaurant. On ne sait jamais !

Plus que deux minutes : je dois faire vite, je sens déjà dans mon cou le souffle court et chaud du prochain client pour la table N°124 654.
Auteur réel : katecol


Je ne peux pas le croire, c’est moi, c’est moi ! Moi ! J’ai gagné le voyage ! J’ai gagné le voyage, j’ai gagné le voyage !!!! Je vais avoir le droit de pénétrer dans le Sanctuaire. Je vais pouvoir les toucher, les regarder, les humer, les admirer. Je vais entrer dans la nouvelle Arche de Noé… et je vais voir, je vais voir toutes ces plantes dont parlent les romans et les films des temps anciens, quand il y avait encore des vaches rousses et des vaches jaunes, pas seulement cette Frisonne Pie Noire qui recouvre la planète de la Pampa au Canada, de l’Arabie à la Sibérie. Quand les variétés de pommes ne se réduisaient pas aux pommes jaunes, aux pommes rouges et aux pommes vertes, quand les salades étaient frisées ou romaines, quand le persil se disputait avec la coriandre et quand on avait le droit de fabriquer du purin d’orties dans son jardin. Moi. Moi, je vais pouvoir les humer, les toucher, les regarder. Et puis après, et puis après je reviendrai. Et je raconterai. Je raconterai toute la place que ça prend, tout l’argent que ça coûte et combien je suis content et fier. Fier d’appartenir à une humanité qui a su domestiqué le vivant et le rendre productif. Car le plus important, n’est-ce pas, c’est que tous, autant que nous sommes, nous n’ayons plus jamais faim. Et que chaque parcelle de cette terre soit rentable pour notre Bien Commun.
Auteur réel : Anonyme



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